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Livre mer : l ancre de misericorde de mac orlan p

L ANCRE DE MISERICORDE

Auteur(s): MAC ORLAN P
Editeur : LIBRETTO
Date de parution : 17/02/2000

Thématique : ROMANS MARITIMES
10.15 €
non disponible
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description
Véritable île au trésor, le roman de Mac Orlan en format de poche est un incontournable de la saga d'aventure.


Dimensions : 182 x 16 x 120 mm
Poids : 205 g
Nombre de pages : 254

Quatrième de couverture

Si l'on en croit la rumeur vieille de plus d'un demi-siècle déjà , l'Ancre de Miséricorde serait un peu l'Ile au trésor de notre littérature. Pur concentré d'aventure et de nostalgie.

« A ceci près que Mac Orlan ne loge pas l'aventure à l'adresse prévue, et s'ingénie à conduire son lecteur sur des chemins parfaitement inattendus. »


Extrait

« Nous habitions dans le bas de la rue de Siam, ainsi la nommait-on depuis près d’un siècle. Mon père Jean-Sébastien Morgat exerçait la profession de shipchandler et notre boutique ouvrait sa porte non loin des rives de la Penfeld encombrées de caisses de munitions, de tonneaux de poudre et de manœuvres fraîchement filées dans la corderie du bagne.

    C’était au début de l’année 1777, et moi, Yves-Marie Morgat, j’étais un adolescent de seize ans, court et trapu comme un franc Breton. Mes yeux étaient bleus et ma chevelure châtain foncé, mes dents blanches comme celles d’un véritable mangeur de crêpes de blé noir.
Ce soir de janvier, qui est le début de cette histoire, il était cinq heures après midi et je revenais du collège des Jésuites, où j’étudiais les mathématiques et la géométrie pour entrer dans une des six écoles d’artillerie qui donnaient des officiers aux régiments de Metz, de la Fère, de Strasbourg, de Grenoble, de Besançon, d’Auxerre et de Toul.

    Il faisait un froid très vif et j’avais abandonné mon chapeau à trois cornes pour me coiffer du bonnet de laine bleue tricotée des hommes de Goulven. Mes mains dans les poches de mon habit, le nez rouge et les oreilles brûlantes sous le bonnet, je descendais d’un bon pas dans la direction de Kéravel pour laisser le bagne à ma droite avant de regagner la chaude boutique de mon père et la soupe du soir dont le parfum semblait venir à ma rencontre. »
 


Présentation de l'ouvrage

Brest au mitan du XVIIIe siècle : époque de tous les plaisirs, de tous les commerces, de toutes les guerres. Yves-Marie Morgat, gamin encore mais déjà reluqué par les filles, fait pour l’heure comme la rade qui l’a vu naître : il ouvre la bouche (et les yeux) vers l’horizon de l’ouest, celui de l’aventure.

C’est qu’il en a entendu, le morveux, caché derrière le comptoir du père Morgat, fournisseur de la Marine tenant boutique rue de Siam, à l’enseigne de l’Ancre de Miséricorde (l’ancre qu’on garde à fond de cale dans l’attente du jour où, ayant laissé toutes les autres par le fond, sonne pour l‘équipage l’heure de jouer son va-tout). L’aventure, il l’a tétée, dès l’instant où il s’est détourné du sein de sa nourrice, c’est dire.
   
Car on en conte de belles, sur le plancher du père Morgat. Mais entre ce qui se dit et ce qui se fait… « Petit-Morgat », au long de ces deux cents pages débarrassées de toute graisse, va prendre cette mesure, justement ; et apprendre à distinguer, l’un suivant l’autre, ce à quoi l’on peut rêver de ce qu’il est permis de faire. Il est sûr que Jean de la Sorgue (dans l’argot des voleurs : Jean de la Nuit), pensionnaire au   « Grand collège » (c’est le nom du bagne local), n’est pas un forçat comme les autres, et que si sa jambe a traîné longtemps le boulet d’infamie, ce fut à la suite d’une de ces erreurs dont la justice des hommes, même celle des rois, est tristement coutumière. Il est non moins sûr, et cela « Petit-Morgat » mettra du temps à le saisir, que ce diable de Jean a fréquenté en ses belles années de drôles de chrétiens : des aventuriers, comme il fait bon de dire, jusqu’à le devenir un peu à son tour, et même beaucoup.

Or le propre des aventuriers (ce qui est façon de parler) est de finir au bout d’une corde : et cela n’a jamais fait rêver personne. « Petit-Morgat » aura sa vie pour méditer la leçon, pour en remâcher l’amertume (les poètes diraient la nostalgie). Et pour se persuader que l’aventure n’est pas une réalité tangible : rien d’autre que l’une des faims de l’âme, une vue de l’imagination, la plus belle et la plus cruelle des chimères.

Mac Orlan précise ici l’affaire dans une préface écrite sur le tard. Stevenson, en un temps où la vapeur n’avait pas encore tué la voile, pouvait encore faire vivre à son Jim l’Aventure – en prenant soin toutefois de reculer d’un grand pas vers le siècle d’avant. Ce genre de subterfuge n’a même plus lieu d’être en notre époque.

Ceux d’avant-hier étaient fouettés par l’idée qu’ils ne savaient rien du monde ou presque. Nous croyons en savoir tout, et nous manquera bientôt l’envie de partir. S’il s’agit bien là d’un livre « pour enfants », il cache d’évidence quelques marchandises clandestines en ses tiroirs. N’oublions pas que Mac Orlan, qui tirait déjà vers la soixantaine à l’époque, a écrit ce livre en pleine guerre.

Il avait vécu, et sacrément vécu, la « première », mangé la boue des tranchées – et avait pu mesurer ensuite à quel point le monde était sorti rétréci de toute cette boucherie. Et voilà que la folie des hommes en imaginait une « deuxième » (en attendant mieux). Quel univers, cette fois, allait bien sortir de la sanglante lessiveuse ? Cette question traîne aussi dans les coins du livre dont on s’occupe ici. Vingt coups de garcette, s’il vous plaît, à qui osera murmurer que L’Ancre de Miséricorde n’est pas un roman moderne.

Remise au jour (en collection « libretto ») de l’un des plus purs chefs-d’œuvre de Mac Orlan, introuvable depuis quinze ans autrement que dans des séries dites « pour la jeunesse ». Un bol d’air – et quel ! – pour ceux qui aiment respirer au large.


Biographie de l'auteur

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