Petits meurtres entre pêcheurs… Entre silences, regards hypnotiques et noirs intenses, Chabouté nous livre un récit à l'intrigue certes un peu commune mais le suspense est au rendez-vous et le graphisme, à l'encre de Chine, bien accrocheur.
Poids : 820 g
Nombre de pages : 122
Quatrième de couverture
Ici on n'a droit qu'à la mer et ses dangers,
On danse tous les jours avec la mort,
On est les laissés-pour-compte…
Ici on meurt, c'est tout !
Noyade, naufrage, phtisie, scorbut…
… plus rarement poignardé dans son sommeil !
Présentation de l'éditeur
Chaque année des milliers de pêcheurs de morues partaient en direction de Terre-Neuve, vers des mers froides et dangereuses.
Durant ces longues campagnes qui pouvaient durer six à neuf mois, la maladie, les blessures, les noyades, l'hygiène déplorable, la saleté repoussante, la violence et l'alcoolisme étaient le lot quotidien de ces pêcheurs que l'on surnommait aussi les « forçats de la mer ».
3 avril 1913, après avoir navigué pendant trente-sept jours, la goélette la Marie-Jeanne et ses 28 hommes d'équipage arrivent enfin au large de Terre-Neuve… mais les poissons ne « donnent » pas. L'absence de bancs de morues présage une mauvaise pêche et un maigre salaire… Les tensions montent. L'ambiance à bord s'échauffe… Quand un matin, on découvre le corps inerte du second dans sa couchette, un couteau planté dans le dos… Autour du manche, un petit ruban de soie…
Chabouté nous immerge avec brio dans les conditions de vie extrêmes de ces marins du début du XXe siècle et signe un thriller captivant et inquiétant.
Commentaire
Ce qui frappe dès l’abord dans Terre-neuvas de Chabouté, c’est la force des coloris sombres – noir et sépia – et la composition de la double couverture. C’est le contraste fort du noir et du blanc qui appuie le graphisme des pages intérieures où hachures, tâches, griffures traduisent avec talent la brutalité de ce monde de la pêche morutière. Cette savante sobriété permet aux premières pages de s’apparenter à un film d’animation où le lecteur-spectateur va jusqu’à éprouver un véritable mal de mer à l’instar du héros gauche venu de l’intérieur des côtes du Nord. Elle est aussi toute entière au service de la relation entre l’image et le texte. Ce texte est présenté comme un journal de bord, avec l’écriture penchée d’élèves appliqués qui ont peu fréquenté l’école.
Ce texte support d’un scénario qui se donne une double fonction :
– une fonction informative précise sur la dureté extrême de la vie quotidienne sur les bancs autour de 1920 entre travail, nourriture, hygiène et hiérarchie où se mêlent toujours : le pluriel et le singulier, la solidarité contrainte et l’unité indispensable, la promiscuité subie et la difficile préservation de soi
– une fonction fictionnelle à travers l’histoire d’une vengeance calculée et hautement meurtrière
Mais en fait, très adroitement, ces deux figures d’écriture se répondent, liées qu’elles sont par la violence qui traverse le livre tout entier : celle de la mer, celle des marins, celle du passé, celle du système économique qui a broyé et qui broie les destins ; une violence qui ne sera provisoirement châtiée que par la violence.
Grâce au très beau Terre-neuvas, le lecteur, séduit par la brutalité des images, devient un témoin conscient de ce réalisme imaginaire.
Alain Cabantous