On le surnomma Le second Jean Bart, et à la fin de ses vies – il en eut trois – , il prit la plume, retiré, paisible, en Hollande, il narra avec truculence son enfance de mousse, sa rencontre avec Washington, la marine de commerce, puis la course, son compagnonnage auprès du contre-amiral Vanstabel, son évasion digne d'Alexandre Dumas.
Pierre-Edouard Plucket (1759-1845), le dernier corsaire dunkerquois, aussi efficace dans les grains que dans les prises, dresse ici un autoportrait saisissant de vigueur et nous fait revivre quelques-unes des plus belles pages de la marine dans la tourmente de la Révolution.
Extrait
« … dès ma tendre enfance, je voulus être marin et je le fus. A l'âge de sept ans, il ne restait plus vivants des dix enfants de ma mère que mon frère aîné, Louis-Jean-Michel, et moi. Mon père, en digne loup de mer, car il l'était, nous administra à tous deux un second baptême, non d'aspersion, ni d'immersion, mais d'injection. Etait-ce un procédé à lui connu pour saisir les dispositions les plus secrètes de notre nature ? Je laisse la solution de ce problème aux maîtres ès arts : toujours est-il qu'à l'anniversaire du jour de sa naissance, après nous avoir fait injecter à mon frère et à moi une assez honnête dose de franc cognac, Jean-Michel ne tarda point de fermenter de la sorte qu'en lui la piété filiale ne tarda point de subir une fâcheuse atteinte, alors que de mon côté, je réclamai jovialement une nouvelle potion anti-calmante (…) ».
Commentaire
La vie de Plucket ressemble à un roman de cape et d'épée à la différence près que ce qu'il nous raconte dans ses Mémoires est exact.
(…) il quitte la marine de guerre à 43 ans et (qu') il écrit son autobiographie fort tard, au moment où les principaux protagonistes sont morts. Il s'embourgeoise en Hollande, assez loin de la France, ce qui n'est pas non plus du goût de la postérité, cette dame difficile. Son héroïsme, ses quarante-huit prises en un temps record, son surnom de « Second Jean Bart » n'auraient pas pesé d'un grand poids : il aurait rejoint l'anonyme cohorte des corsaires sous la Révolution, qui n'avaient d'autre titre que leur courage, sans la vitalité de son autobiographie, ce portrait de bagarreur, cette curieuse combinaison d'audace, de roublardise et de bonté (…).
Michèle Polak
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