
Il connut une vie d’aventurier. Corsaire avec Surcouf et Dutertre, il fut huit ans prisonnier des Britanniques. Peintre, dessinateur et graveur, il fut aussi écrivain, précurseur du roman d'aventure maritime.
Le marin
Ambroise Louis Garneray est né à Paris (rue Saint-André-des-arts, dans le quartier latin) le 9 février 1783. Il est le fils aîné de Jean-François Garneray (1755-1837), peintre du roi, qui fut élève de Jacques-Louis David. A l’âge de treize ans, il s’engage dans la marine comme pilotin à l'incitation de son cousin, Beaulieu-Leloup, capitaine de la frégate La Forte et embarque à Rochefort pour donner corps à ses rêves d’aventures et de gloire. Il part pour l’océan Indien avec la division de frégates Sercey à laquelle appartient La Forte.
Toute sa carrière maritime se déroule dans l’océan Indien avec l’île de France (actuellement l’île Maurice) et accessoirement l’île Bourbon (la Réunion) comme bases. Il participe aux différentes campagnes de la division Sercey et connaît son baptême du feu lors de la bataille contre les vaisseaux de ligne Arrogant et Victorious. Il sert ensuite
en 1798 sur la corvette Brûle Gueule qui croise en compagnie de la frégate la Preneuse. Au retour de la croisière, il participe au second combat de la Rivière Noire où les deux modestes bâtiments français réussissent à repousser deux vaisseaux anglais. En 1799, il est timonier et « premier peintre du bord » sur la Preneuse sous les ordres du capitaine Jean-Matthieu-Adrien Lhermitte. La frégate est la dernière force officielle française de tout l'océan Indien. Cette croisière va de catastrophe en désastre, malgré un combat exceptionnel contre le vaisseau anglais le Jupiter. Au retour à l'île de France, alors que son équipage est décimé par le scorbut, la Preneuse échouée et démâtée doit se rendre aux forces anglaises faisant le blocus de l'île. Garneray échappe à la captivité en regagnant la côte à la nage. Malgré le désastre de la campagne, Garneray gardera une admiration sans borne et une grande amitié pour le capitaine Lhermitte qu'il continuera à visiter jusqu'à la mort de celui-ci en 1826.
Citation : « Excepté la piraterie, je crois que j'ai pratiqué à peu près tous les genres de navigation. »
Le peintre
Employé par le duc d’Angoulême, alors grand amiral de France, il devient par concours son peintre attitré en 1817. Il est de ce fait le premier peintre officiel de la Marine, corps qui ne sera constitué que quelques années plus tard avec Gudin et Hué, corps qui existe toujours au sein de la marine nationale. Entre 1821 et 1830, il se rend dans de nombreux ports de France où il réalise d’innombrables croquis qui serviront de base à des gravures ou des toiles.
En 1833, il est nommé directeur du musée de Rouen. Puis il intègre la Manufacture nationale de Sèvres. Il développe dans les années 1830 un nouveau procédé de peinture, l'aquatinte ainsi qu'une importante activité de gravure. Dans les années 1840, sa renommée semble s'être estompée et il perd la plupart de ses appuis politiques et vit assez pauvrement. Proche de Napoléon III, dont il avait participé au coup d'état raté de Strasbourg, il connaît un bref retour de gloire au début du Second Empire : il reçoit la Légion d'honneur en 1852 des mains du vice-amiral Bergeret et est même reçu par l'Empereur.
L’œuvre picturale de Garneray se compose de 141 tableaux, 176 gravures et 22 aquarelles. Une partie de ses travaux est directement inspirée par sa vie aventureuse, telle la toile « La prise du Kent par Surcouf », l’autre entre dans le cadre de sa fonction de peintre de la marine, dans la droite ligne de Claude Joseph Vernet et Nicolas Ozanne. Il réalise notamment 64 vues de ports français et 40 vues de ports étrangers (gravures), suite aux voyages effectués dans les années 1820. Certaines d’entre elles sont données à la Chambre de Commerce de Paris par l’industriel chocolatier Meunier. Ses deux frères Hippolyte et Auguste, ainsi que sa sœur Pauline, ont également pratiqué la peinture, dans une moindre mesure. Cela explique les variations de signatures (tantôt Garneray, tantôt Garnerey), qui devaient servir à distinguer l'un ou l'autre des membres de cette dynastie de peintres.