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C'est en s'affranchissant de sa condition d'animal terrestre, étroitement lié à la glèbe et à son horizon fini, que l'homme est devenu l'Homme. Cette lutte pour repousser toujours plus loin les limites du monde connu n'a pas cessé ; elle vient du fond des âges et forme la trame de l'histoire des civilisations. Nombreux ont été et sont encore les obstacles naturels, pour ne citer que ceux-là, et au premier chef les eaux, mers, fleuves et rivières qui couvrent presque les trois quarts de notre planète bleue.
Barrières terrifiantes et vivantes que ces eaux omniprésentes, terrifiantes parce que vivantes avec leurs courants, leurs vagues, leurs tempêtes, leurs crues. L'imagination des hommes les peuplait de génies et de dieux aux humeurs capricieuses qu'il fallait s'attacher ou au moins neutraliser ; les plus audacieux et les plus observateurs n'avaient pas manqué de remarquer que le bois, matière vivante lui aussi, savait parfaitement et naturellement concilier les bonnes grâces des esprits des eaux.
L'alliance du bois, de l'arbre et de l'homme se nouait alors pour faire de l'eau non plus un obstacle mais un trait d'union. Avec elle émergeait l'intérêt de l'homme pour la forêt proche où naissent et croissent les arbres ; forêt et bois qui devenaient aussi le lien entre l'ici et l'ailleurs lointain, entre la terre et l'océan.
Si l'on excepte nos saints bretons comme saint Renan dont la légende rapporte qu'ils ont traversé la mer dans des auges en pierre, les premières embarcations ont été creusées dans un tronc d'arbre, elles le sont encore dans certaines communautés isolées du bassin amazonien par exemple. Puis, en remontant légèrement les bords par une simple planche de chaque côté, les premiers bateaux bordés furent construits jusqu'à obtenir ces vaisseaux trois ponts du XVIIIe siècle, superbes monuments flottants.
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